LETTRES À NELSON ALGREN DE SIMONE DE BEAUVOIR

Musique
Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir

chanson française, rhythm & blues, jazz

RESUME : « De 1947 à 1964, Simone de Beauvoir écrivit à Nelson Algren des centaines de lettres d’amour. Au sortir du confinement dû à la guerre, cet « amour transatlantique » l’entraîne dans une aventure aussi risquée que les vols Paris-New York de ce temps-là. C’est pour elle, à la fois, la découverte enthousiaste de l’Amérique, jusque-là mythique, et l’irruption dans sa vie d’une brûlante passion. Nelson ne sachant pas le français, elle lui écrit en anglais. Elle désire ardemment faire entrer l’homme qu’elle aime, ce Huron de Chicago, dans son univers, dont il ignore tout. Ainsi bénéficions-nous d’un reportage unique sur la vie littéraire, intellectuelle et politique de ces années. Sur Sartre et son petit clan, avec leurs activités, leurs mésaventures, leurs amours, racontées avec humour, un humour parfois féroce. Sur la vie quotidienne en France. Pendant que naissent devant nous Le deuxième sexe, Les mandarins, Mémoires d’une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir nous livre d’elle-même une autre image, celle d’une femme amoureuse. »

Pour retrouver les citations de la correspondance c’est ICI 

« Vers minuit donc je me suis rendue dans un endroit cinglé mais marrant où les jeunes intellectuels français, ou soi-disants tels, vont danser et boire avec de jolies filles pseudo-intellectuelles. (…) La musique était bonne, ils jouent mieux que la plupart des Blancs d’Amérique, et ça signifie beaucoup pour eux. J’aime surtout le jeune trompettiste (Boris Vian), un type de valeur, ingénieur de sa profession (uniquement pour gagner sa vie), écrivain, et trompettiste passionné bien qu’il souffre d’une maladie de coeur qui peut le tuer s’il joue trop. Il a publié un livre scandaleux (J’irai cracher sur vos tombes) en prétendant que l’auteur en était un Noir américain et lui seulement le traducteur, et a ainsi gagné une fortune parce que le livre en question, très obscène et sadique, a été fort goûté du public. Bon, nous avons un peu bu, beaucoup parlé, écouté le jazz et regardé les gens danser (personnellement je ne danse pas) »

« Mon vieil ami, le jeune homme à la trompette, se trouve à Nice comme reporter, et très enthousiaste. Son propre petit orchestre, qui se produisait dans les caves où quelque fois je me suis aventurée, a été la seule formation française sélectionnée (…) Mais les orchestres professionnels de jazz sont exécrables et le sien, quoique constitué d’amateurs, très bon. Je ne le vois plus, ce jeune homme à la trompette, c’est dommage, la frivolité l’a gâché. »

BORIS VIAN

Je suis snob 

« Edith Piaf fait parfois toc mais peut être remarquable, je préfère sa voix rauque à beaucoup de « jolies » voix. »

« Vous m’avez interrogée sur Edith Piaf. Précisément je reçois une lettre d’une amie française (…) qui vient d’assister à un de ses concerts ; eh bien les chanteurs qui l’accompagnaient (Les Compagnons de la chansons) (…) ont remporté infiniment plus de succès qu’elle. Mon amie explique (…) ce paradoxe. D’après elle les Américains, confrontés avec une réalité française, réagissent exactement comme nous en France par rapport aux réalité américaines : ils apprécient ce qui, à leurs yeux, à l’air français. Les chanteurs en question, qui interprétaient de vieilles chansons françaises, ils les ont compris et aimés. Mais les vrais phénomènes français n’ont pas l’air à ce point français, ils ne sont que nouveaux, en France nous les goûtons parce qu’ils sont différents des vieilleries françaises. (…) Edith Piaf dans sa robe noire, avec sa voix enrouée et son visage ingrat, n’a guère l’apparence française (…) À nous ici, elle nous plaît, nous la jugeons extraordinaire et étrange, de cette étrangeté qui naît quand beauté et laideur se rencontrent. (…) Et puis, quand elle touche à son cou, le tour de son cou, en un geste bizarrement sensuel et angoissé, le public n’aime pas ça : c’est l’endroit où les hommes souffrent de la gueule de bois le lendemain, c’est la place où les femmes frustrées désirent sentir les lèvres d’un homme et ne les sentent pas, si bien que tout le monde est mal à l’aise. Voilà du moins comment cette amie, qui, elle, admire Piaf, explique toute l’affaire »

EDITH PIAF

La Foule 

« Hier, bonne soirée : dans un petit théâtre, Sartre, Camus, son amie et moi avons entendu Margaret Wood, remarquable chanteuse noire que j’avais rencontrée une fois à New York. Vous la connaissez ? C’est une beauté et à mon avis aussi bonne que Marian Anderson ; elle a interprété du classique et des spirituals – public enthousiaste. »

MARIAN ANDERSON

Ave Maria

Je n’ai pas trouvé sur Youtube Margaret Wood

« Nous sommes allés chez eux, dans un triste quartier riche, vers la fin de l’après-midi, boire du cognac et écouter des disques d’Armstrong et de Bessie Smith. » 

« À Chicago nous aurons le temps, je lirai votre livre, nous irons écouter Bessie Smith avant de partir pour Cincinnati et le bateau. »

« « Mercredi nous rencontrons Armstrong l’après-midi, avec les Noirs auxquels vous n’avez rien compris. » 

« Et l’après-midi, une plaisante réunion s’était tenue chez le vieux Gallimard (mon éditeur) qui ouvrait ses beaux appartements aux Noirs de Présence africaine pour y recevoir Louis Armstrong. Tous les intellectuels noirs français, tous les artistes parisiens s’y pressaient ; quand Armstrong est entré, les jeunes Africains ont exécuté un numéro de tamtam, une fille l’a fait danser, c’était sympathique. »

LOUIS ARMSTRONG

What a Wonderful World

BESSIE SMITH

Yellowdog Blues

« Mezzrow y était photographié tout riant, j’écoutais l’orchestre de Don Redman, folle de joie de partir pour l’Amérique, ignorante de ce que ça signifierait pour moi, du nombre de nuits passées à soupirer et languir qui m’attendaient parce que je vous aurais rencontré. »

« J’ai assisté à un magnifique concert de Mezz Mezzrow dans une immense salle regorgeant de jeunes en délire, applaudissant, hurlant, lançant des baisers, j’étais enthousiasmée. J’adore le bon vieux jazz, il me rappelle tant de choses, il me rapproche de vous bien que nous n’ayons jamais réussi à en entendre ensemble. »

MEZZ MEZZROW

Mineur avec un Pont

DON REDMAN ORCHESTRA

« Outre Armstrong, jouait un merveilleux pianiste du nom de Hines ou quelque chose comme ça, et la clarinette, le trombone, la batterie et la basse des meilleurs des U.S.A. Une grosse et grasse Noire, Middleton, a chanté admirablement. »

EARL HINES

Memories of You

« De nouveaux cabarets « existentialistes » ouvrent dans des caves antiques ; l’un deux présente un succulent spectacle, quatre jeunes chanteurs [« Les Frères Jacques, à « La Rose Rouge »] habillés en 1900, longs sous-vêtements et chapeaux hauts de forme, interprètent d’anciennes rengaines idiotes, qu’ils chantent, qu’ils miment avec un humour prodigieux, leur répertoire est de premier ordre. »

LES FRÈRES JACQUES

Frédo

« Je me rappelle comment j’écoutais les ballades sur Jesse James couchée dans vos bras et en larmes parce que je savais qu’un jour je me rappellerais cet instant dans les larmes et le besoin de vous. »

BALLAD OF JESSE JAMES

« Il y avait là le Tout-Paris, comme on dit, Jean Cocteau, la belle Joséphine Baker moulée dans une époustouflante, étincelante robe blanche : le clou de la soirée. »

JOSÉPHINE BAKER

J’ai deux amours

« J’ai revu le jeune homme à la trompette après une longue interruption. Maintenant père de deux enfants (…) et comme il possède des enregistrements merveilleux, j’ai entendu de l’authentique be-bop, Gillepsie, Charlie Parker, merveilleux ; j’aime autant ça que j’ai aimé le vieux jazz de La Nouvelle-Orléans quand je l’ai découvert il y a vingt ans. À Paris on n’en joue nulle part. »

DIZZY GILLEPSIE

Màs que nada 

CHARLIE PARKER & DIZZY GILLEPSIE

Hot House

« J’ai vu Mouloudji et lu son dernier roman »

« Mouloudji, sa jolie femme et d’autres amis inauguraient hier un club (…) ils y jouent, ils y chantent »

« Voulez-vous des nouvelles de Mouloudji ? Il a chanté tout l’été sur la Côte d’Azur, dans le club de Boris Vian. De l’avis unanime, il chante bien, mais il s’est engueulé avec Boris et a plaqué »

MARCEL MOULOUDJI

Un jour tu verras

« Très cher bien-aimé. Vous m’aviez avertie que votre La Motta était un traître mais je ne pensais pas qu’il puisse être odieux au point de faire exploser 48 passagers d’un avion pour éviter d’affronter Cerdan. Une impression lugubre se dégageait dès vendredi à la vue des gros titres : « L’avion a disparu », et hier ce fut un bouleversement universel, que je partage, pour Cerdan, pour cette jeune fille, notre meilleure violoniste [Ginette Neveu], pour les pauvres bergers descendus de leurs montagnes vivre leur première grande aventure, ce voyage aux U.S.A. Bêtement j’imaginais à moitié que vous aviez échappé de peu à cette catastrophe, je me rappelais notre séparation à Orly, où m’habitait le sentiment que je vous envoyais à la mort. Oh mon chéri, mon chéri, ne me laissez jamais de cette horrible façon, ne prenez plus d’avion sauf avec moi »

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Jake LaMotta, boxeur américain

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Marcel Cerdan (1916-1949), boxeur français, décédé dans ce crash d’avion, amant d’Edith Piaf

JULIETTE NEVEU

Ravel Tzigane

« Cette semaine je vais présenter mon livre à la radio, me faire photographier pour un film sur Saint-Germain-des-Prés, et déjeuner avec Maurice Chevalier« 

« Je reviens d’un déjeuner « en ville » chez le nouvel éditeur des T.M. [La revue de Simone de Beauvoir] Oh dieu ! pauvre moi ! Que de laides élégantes, que d’histrions emmerdants ! Maurice Chevalier qui était là n’a pas ouvert la bouche, non plus que Sartre. »

« Que Maurice Chevalier soit interdit aux U.S.A., elle est bien bonne ! Honteux, tout ça. » Dans les années 1950, les Etats-Unis interdisaient l’entrée dans leur pays de toute personne liée ou ayant été liée au communisme ou au fascisme.

MAURICE CHEVALIER

Paris sera toujours Paris

« Pourquoi croyez-vous que le film [on venait d’offrir à Algren de tirer un film de L’Homme au bras d’or. Le projet n’aboutira qu’en 1955. Réalisé par Otto Preminger, avec Frank Sinatra (Frankie Machine) et Kim Novak (Molly).y gagnerait si on transposait d’abord votre roman en pièce de théâtre, petit stupide ? »

FRANK SINATRA

Fly me to the Moon

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Otto Preminger, (1905-1986) réalisateur américain

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Kim Novak, actrice américaine

« C’est Le Troisième Homme que j’ai vu au cinéma – la musique, Orson Welles et toute la fin remarquables. » Orson Welles a réalisé le scénario. La bande son est réalisée par Anton Karas, compositeur autrichien, célèbre cithariste d’origine hongroise et tchèque. La cithare autrichienne fût popularisée internationalement en 1949 grâce à ce film et notamment ce thème :

« Y en a-t-il un, plus malin que les autres, qui a découvert en vous le nouveau Danny Kaye ? »

LOUIS ARMSTRONG & DANNY KAYE

When the Saints Go Marching In 

« Quelle merveille que ma boîte à musique ! J’explore la musique contemporaine, en partie très belle. Connaissez-vous Béla Bartok, le compositeur hongrois ? Admirable. Et les nouveaux Viennois Schönberg, Alban Berg, Webern ? Un univers assez hermétique et intellectuel, mais souvent passionnant. »

BÉLA BARTOK

Mikrokosmos 

SCHÖNBERG

Verklärte Nacht, Op.4

ALBAN BERG

Lulu Suite

WEBERN

Symphonie Op21

CITATIONS

Chloé Janiaud

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