La possibilité d’une île de Michel Houellebecq

Citations

« Contrairement à l’idée requise,
La parole n’est pas créatrice d’un monde ;
L’homme parle comme le chien aboie
Pour exprimer sa colère, ou sa crainte.
Le plaisir est silencieux,
Tout comme l’est l’état de bonheur. »

« Elle, comme si de rien n’était, avec cet égoïsme sénile, devenu inconscient, des vieillards, revenait en trottinant vers sa table. »

« En résumé, j’étais un observateur acéré de la réalité contemporaine ; on me comparait souvent à Pierre Desproges. »

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Pierre Desproges 

« Quant aux droits de l’Homme, bien évidemment, je n’en avais rien à foutre ; c’est à peine si je parvenais à m’intéresser aux droits de ma queue. »

 » – Oui, convint-elle ; Nabokov s’est trompé de cinq ans. Ce qui plaît à la plupart des hommes ce n’est pas le moment qui précède la puberté, c’est celui qui la suit immédiatement. De toute façon, ce n’était pas un très bon écrivain. »

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Nabokov (1899-1977), écrivain américain d’origine russe, célèbre pour son oeuvre Lolita

« Rien n’existe, dans la personnalité, que ce qui est mémorisable (que cette mémoire soit cognitive, procédurale ou affective) »

« Ce n’est pas bien difficile, de faire jouir un homme… m’avait-elle dit, mi-figue mi-raisin, lors de notre premier dîner dans le restaurant tibétain ; en tout cas, moi, j’y suis toujours parvenue. » Elle disait vrai. Elle disait vrai, aussi, lorsqu’elle affirmait que le secret n’a rien de spécialement extraordinaire ni d’étrange. « Il suffit, continua-t-elle en soupirant, de se souvenir que les hommes ont des couilles. Que les hommes aient une bite ça les femmes le savent, elles ne le savent même que trop, depuis que les hommes sont réduits au statut d’objet sexuel elles sont littéralement obsédées par leurs bites ; mais lorsqu’elles font l’amour elles oublient, neuf fois sur dix, que les couilles sont une zone sensible. Que ce soit pour une masturbation, une pénétration ou une pipe, il faut, de temps en temps, poser sa main sur les couilles de l’homme, soit pour un effleurement, une caresse, soit pour une pression plus forte, tu t’en rends compte suivant qu’elles sont plus ou moins dures. Voilà, c’est tout. »

« Il n’y aura pas d’interview ; c’était juste un prétexte pour te rencontrer. »
Elle me regardait droit dans les yeux, et j’étais dans un tel état que ces seules paroles suffirent à me faire bander. Je crois qu’elle fut émue par cette érection si sentimentale, si humaine ; »

« En désespoir de cause j’ai engagé la conversation avec Jade Jagger, on a dû parler de Formentera ou quelque chose du genre, un sujet facile » Formentera, la plus petite île des Baléares, allez-y c’est splendide.

« il est amusant de constater que ce sont toujours les adversaires de la liberté qui se trouvent, à un moment ou à un autre, en avoir le plus besoin. »

« Toute forme de cruauté, d’égoïsme cynique ou de violence était donc la bienvenue – certains sujets, comme le parricide ou le cannibalisme, bénéficiant d’un petit plus. » Ici, Houellebecq explique que dans notre société d’aujourd’hui plus c’est violent, plus c’est tabou, plus c’est racoleur. Cela m’a fait penser à Grave le film de Julia Ducournau sorti cette année. Un film gore sur le cannibalisme qui fait fureur.

« un combattant mis hors de combat c’est con de moins, qui n’aura plus l’occasion de se battre », qui, de Céline à Audiard, avait déjà fait les grandes heures du comique d’expression française ; »

« ce que je ne parvenais plus à supporter c’était le rire, le rire en lui-même, cette subite et violente distorsion des traits qui déforme la face humaine, qui la dépouille en un instant de toute dignité. Si l’homme rit, s’il est le seul, parmi le règne animal, à exhiber cette atroce déformation faciale, c’est également qu’il est le seul, dépassant l’égoïsme de la nature animale, à avoir atteint le stade infernal et suprême de la cruauté. » Ce passage m’a rappelé celui de Kundera dans Le livre du rire et de l’oubli au sujet duquel j’ai rédigé un article. Kundera, contrairement à Houellebecq, fait l’éloge du rire : « En haut, telle la voûte de ce temple de la volupté, éclate le rire, transe délicieuse du bonheur, comble extrême de la jouissance. »

« Que pouvions-nous faire, donc ? Nous nous posions la question en traversant les dunes. Vivre ? C’est exactement dans ce genre de situation qu’écrasés par le sentiment de leur propre insignifiance les gens se décident à faire des enfants. »

« Il n’y avait pas seulement en moi ce dégoût légitime qui saisit tout homme normalement constitué à la vue d’un bébé ; il n’y avait pas seulement cette conviction bien ancrée que l’enfant est une sorte de nain vicieux, d’une cruauté innée, chez qui se retrouvent immédiatement les pires traits de l’espèce, et dont les animaux domestiques se détournent avec une sage prudence. »

« s’il y avait eu échec et rejet du projet, c’est qu’il subsistait des tabous (en l’occurence l’assassinat d’enfants), et que tout n’était peut-être pas irrémédiablement perdu. »

« chaque fois que je l’avais vue s’émerveiller devant l’expression de la beauté plastique il s’était agi de peintres comme Raphaël, et surtout Botticelli : quelque chose de tendre parfois, mais souvent de froid, et toujours de très calme ; jamais elle n’avait compris l’admiration absolue que je vouais au Greco« 

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Les anges de Raphaël

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La naissance de Vénus de Botticelli 

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Le Laocoon de Greco

« Oh, la vie que les hommes essaient de vivre !
Oh, la vie qu’ils mènent
Dans le monde où ils sont !
Les pauvres gens, les pauvres gens… Ils ne savent pas aimer. »

« Lorsque la sexualité disparaît, c’est le corps de l’autre qui apparaît, dans sa présence vaguement hostile ; ce sont les bruits, les mouvements, les odeurs ; et la présence même de ce corps qu’on ne peut plus toucher, ni sanctifier par le contact, devient peu à peu une gêne ; tout cela, malheureusement, est connu. La disparition de la tendresse suit toujours de près celle de l’érotisme. »

« Quand l’amour physique disparaît, tout disparaît ; (…) Et, sur l’amour physique, je ne me faisait guère d’illusions. Jeunesse, beauté, force : les critères de l’amour physique sont exactement les mêmes que ceux du nazisme. »

« Augmenter les désirs jusqu’à l’insoutenable tout en rendant leur réalisation de plus en plus inaccessible, tel était le principe unique sur lequel reposait la société occidentale. »

« Nul ne peut voir par-dessus soi, écrit Schopenhauer pour faire comprendre l’impossibilité d’un échange d’idées entre deux individus d’un niveau intellectuel trop différent. »

« ce n’était généralement pas en indifférence, encore moins en amitié, mais bel et bien en haine que se transformait l’amour une fois décomposée. »

À propos de l’espagnol : « Une bien belle langue, très expressive, naturellement adaptée à la poésie – à peu près tout peut y rimer. »

« En plus la plupart [des prostituées] étaient roumaines, biélorusses, ukrainiennes, enfin un de ces pays absurdes issus de l’implosion du bloc de l’Est ; »

« Le monde n’est pas un panorama », note sèchement Schopenhauer.  (…) mais le seul endroit au monde où je m’étais senti bien c’était blotti dans les bras d’une femme, blotti au fond de son vagin ; »

« La vérité, c’est que rien ne pouvait me convenir sur cette terre » note Kleist« 

« Et puis, l’accouplement… l’évidence géométrique. »

« conscientiser ses blocages les renforçait ; mettre à plat les conflits entre deux personnes les rendait en général insolubles. »

« le troisième était parti quelques années auparavant lorsque le prophète avait appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen contre Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle, dans le but d' »accélérer la décomposition de la pseudo-démocratie française »

« Au fond, c’est une question de degré, reprit-il. Tout est kitsch, si l’on veut. La musique dans son ensemble est kitsch. Toute émotion est kitsch, pratiquement par définition : mais toute réflexion aussi, et même dans un sens toute action. La seule chose qui ne soit absolument pas kitsch, c’est le néant. » Ce passage m’a également rappelé Kundera dans L’insoutenable légèreté de l’être qui traite cette notion de « kitsch » :  » Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch.  » Selon l’auteur, dans un régime totalitaire, tout ce qui touche au « kitsch », donc les images clés ancrées dans la mémoire de l’homme (être ému de voir courir des enfants, ses enfants, sur l’herbe), est banni. En bref, toute manifestation d’individualisme est bannie, interdite. Or l’individualisme c’est le contraire du kitsch.

« À partir d’un certain âge, la vie devient administrative – surtout. »

« d’un domaine où il n’y avait – un peu comme dans l’amour – à peu près rien à gagner, et presque tout à perdre. »

« Il était quand même curieux, me dis-je une fois de plus, que l’alliance de la méchanceté et du rire ait été considérée comme si novatrice par les milieux du cinéma ; ils ne devaient pas souvent lire Baudelaire, dans la profession. »

« Je compris également que je n’avais pas atteint l’âge tiers, celui de la vieillesse véritable, où l’anticipation de la perte du bonheur empêche même de vivre. »

« j’étais conscient de la difficulté qu’il y a à aligner des mots, à les organiser en phrases, sans que l’ensemble s’effondre dans l’incohérence ou s’enlise dans l’ennui. » Être écrivain, en somme.

« l’amour rend faible, et le plus faible des deux est opprimé, torturé et finalement tué par l’autre, qui de son côté opprime, torture et tue sans penser à mal, sans même en éprouver de plaisir, avec une complète indifférence ; voilà ce que les hommes, ordinairement, appellent l’amour. »

« Dans la génération d’Esther [qui a la vingtaine], ces débats eux-mêmes avaient disparu ; le capitalisme était pour elle un milieu naturel où elle se mouvait avec l’aisance qui la caractérisait dans tous les actes de sa vie ; une manifestation contre un plan de licenciements lui aurait paru aussi absurde qu’une manifestation contre le rafraîchissement du temps, ou l’invasion de l’Afrique du Nord par les criquets pèlerins. Toute idée de revendication collective lui était plus généralement étrangère, il lui paraissait évident depuis toujours que sur le plan financier comme pour toutes les questions essentielles de la vie chacun devait se défendre seul, et mener sa propre barque sans compter sur l’aide de personne. »

« l’amour doit rester ouvert et pouvoir être constamment remis en jeu. »

« j’avais l’impression d’être un garçon de son âge, et je marchais plus vite, je respirais profondément, je me tenais droit, je parlais fort. »

« Refuser de faire quelque chose parce qu’on l’a déjà fait, parce qu’on a déjà vécu l’expérience, conduit rapidement à une destruction, pour soi-même comme pour les autres, de toute raison de vivre comme de tout futur possible, et vous plonge dans un ennui pesant qui finit par se transformer en une amertume atroce, accompagnée de haine et de rancoeur à l’égard de ceux qui appartiennent encore à la vie. »

« si la sincérité, en elle-même, n’est rien, elle est la condition de tout. »

« lorsque l’instinct sexuel est mort, écrit Schopenhauer, le véritable noyau de la vie est consumé. »

« l’existence humaine ressemble à une représentation théâtrale qui, commencée par des acteurs vivants, serait terminée par des automates revêtus des mêmes costumes.« 

« j’avais acheté un nouveau système d’arrosage automatique, aussi, mais je ne me sentais pas capable de tenir très longtemps sur le sujet. »

« Durant mes années de lycée, lorsque je discutais avec un chrétien, un musulman ou un juif, j’avais toujours eu la sensation que leur croyance était à prendre en quelque sorte au second degré ; qu’ils ne croyaient évidemment pas, directement et au sens propre, à la réalité des dogmes proposés. »

« tout le prédisposait à interpréter le rôle du bouffon, il faisait partie de ces êtres disgraciés dont même le désespoir ne peut pas être pris totalement au sérieux ; »

« allaient du reste nus, comme il convient à tout être libre et fier, ayant rejeté la culpabilité et la honte ; »

« j’acquiesçai avec cette attitude de neutralité bienveillante qui m’avait déjà tant servi dans la vie, qui m’avait permis de recueillir tant de confidences intimes, dans tant de milieux »

« aucun projet humain n’a pu être élaboré sans l’espoir d’un accomplissement dans un délai raisonnable, et plus précisément dans un délai maximal constitué par la durée de vie prévisible du concepteur du projet, jamais l’humanité n’a fonctionné dans un esprit d’équipe étendu à l’ensemble des générations, alors que c’est pourtant ça qui se produit au bout du compte : on travaille, on meurt et les générations futures en profitent à moins qu’elles ne préfèrent détruire votre oeuvre. »

« chez la plupart des singes, la production de testostérone des mâles dominés diminue et finit par se tarir. »

« Ça n’a au-trou-du-cune importance, j’ai l’ha-bite-rude de prendre des céréales au petit-déjeuner… »

« Lorsque le Christ est ressuscité le troisième jour personne n’y a cru, à l’exception des premiers chrétiens ; c’est même exactement comme ça qu’ils se sont définis : ceux qui croyaient à la résurrection du Christ. »

« celle-ci n’aurait pas davantage d’obligation morale à l’égard des humains que ceux-ci n’en avaient à l’égard des lézards, ou des méduses ; »

« Ce n’est pas la lassitude qui met fin à l’amour, ou plutôt cette lassitude naît de l’impatience, de l’impatience des corps qui se savent condamnés et qui voudraient vivre, qui voudraient, dans le laps de temps qui leur est imparti, ne laisser passer aucune chance, ne laisser échapper aucune possibilité, qui voudraient utiliser au maximum ce temps de vie limité, déclinant, médiocre qui est le leur, et qui partant ne peuvent aimer qui que ce soit car tous les autres leur paraissent limités, déclinants, médiocres. »

« et l’idée me traversa d’accélérer consciemment le processus de destruction, de devenir vieux, répugnant et obèse pour mieux me sentir définitivement indigne du corps d’Esther. »

« j’appris que les dernières paroles d’Emmanuel Kant, sur son lit de mort, avaient été : « C’est suffisant. »

« L’amour non partagé est une hémorragie. »

« il y a beaucoup de choses qu’on peut faire par compassion, mais bander, non, cela n’est pas possible. »

« mais dès le lendemain commencèrent les premiers e-mails pornographiques. « Ah, te sentir enfin en moi, sentir ta tige de chair écraser ma fleur… », c’était affreux, elle écrivait comme Gérard de Villiers. »

« Non seulement le désir sexuel ne disparaît pas, mais il devient avec l’âge de plus en plus cruel, de plus en plus déchirant et insatiable – et même chez les hommes, au demeurant assez rares, chez lesquels disparaissent les sécrétions hormonales, l’érection et tous les phénomènes associés, l’attraction pour les jeunes corps féminins ne diminue pas, elle vient, et c’est peut-être encore pire, cosa mentale, et désir du désir. »

« Il faut dire que je passais à ce moment devant une affiche « poésie RATP », plus précisément devant celle qui reproduisait L’Amour libre, d’André Breton, et que quel que soit le dégoût que puisse inspirer la personnalité d’André Breton, quelle que soit la sottise du titre, piteuse antinomie qui ne témoignait, outre d’un certain ramollissement cérébral, que de l’instinct publicitaire qui caractérise et finalement résume le surréalisme, il fallait le reconnaître : l’imbécile, en l’occurence, avait écrit un très beau poème. »

« les récits de vie humains nous montrent par exemple avec évidence que le maintien d’une apparence physique susceptible de séduire les représentants de l’autre sexe était la seule véritable raison d’être de la santé, et que l’entretien minutieux de leur corps, auquel les contemporains de Daniel1 consacraient une part croissante de leur temps libre, n’avait d’autre objectif. »

« J’aurais donné beaucoup pour bander encore ; les hommes vivent de naissance dans un monde difficile, un monde aux enjeux simplistes et impitoyables, et sans la compréhension des femmes il en est bien peu qui parviendraient à survivre. »

« Elle introduisit le tube de carton dans sa narine et au moment où elle sniffa rapidement, d’un geste habile et précis, la poudre blanche, je sus que je garderais gravée dans ma mémoire l’image de ce petit animal innocent, amoral, ni bon ni mauvais, simplement en quête de sa ration d’excitation et de plaisir. »

« Isabelle n’aimait pas la jouissance, mais Esther n’aimait pas l’amour, elle ne voulait pas être amoureuse, elle refusait ce sentiment d’exclusivité, de dépendance, et c’est toute sa génération qui le refusait avec elle. »

« sans doute l’amour n’avait-il jamais été, comme la pitié selon Nietzsche, qu’une fiction inventée par les faibles pour culpabiliser les forts, pour introduire des limites à leur liberté et à leur férocité naturelles. »

« Le projet millénaire masculin, parfaitement exprimé de nos jours par les films pornographiques, consistant à ôter à la sexualité toute connotation affective pour la ramener dans le champ du divertissement pur, avait enfin, dans cette génération, trouvé à s’accomplir. »

« Ce que je ressentais, ces jeunes gens ne pouvaient ni le ressentir, ni même exactement le comprendre, et s’ils l’avaient pu ils en auraient éprouvé une espèce de gêne, comme devant quelque chose de ridicule et d’un peu honteux, comme devant un stigmate de temps plus anciens. Ils avaient réussi, après des décennies de conditionnement et d’efforts ils avaient finalement réussi à extirper de leur coeur un des plus vieux sentiments humains, et maintenant c’était fait, ce qui avait été détruit ne pourrait se reformer, pas davantage que les morceaux d’une tasse brisée ne pourraient se réassembler d’eux-mêmes, ils avaient atteint leur objectif : à aucun moment de leur vie, ils ne connaîtraient l’amour. Ils étaient libres. »

« Nous nous regardions droit dans les yeux et je savais, je sentais que quelque chose allait se produire, les bruits du café semblaient s’être estompés, c’était comme si nous étions entrés dans une zone de silence, provisoire ou définitive, je ne pouvais pas encore me prononcer là-dessus, et finalement, toujours en me regardant dans les yeux, d’une voix nette et irréfutable, elle me dit : « Je t’aime encore. »

« Dans ces pays aujourd’hui plus personne ne croyait en Dieu, n’en tenait le moindre compte, ne se souvenait même d’avoir cru ; et cela s’était fait sans difficulté, sans conflit, sans violence ni protestation d’aucune sorte, sans même une discussion véritable, aussi aisément qu’un objet lourd, un temps maintenu par une entrave extérieure, revient dès qu’on le lâche à sa position d’équilibre. » Cette citation m’a rappelé ce que dit Dostoïevski dans Notes d’un souterrain. Toute cette oeuvre évoque cette perte de croyance, cette perte de Dieu, entraînant les hommes à n’avoir qu’un but, s’élever socialement, hiérarchiquement. Certains, comme le héros du roman, n’arrive pas à accepter cette disparition de la religion et n’arrive pas non plus à accorder de l’importance à la réussite professionnelle, et finisse donc extrêmement malheureux et perdu dans une société qui ne jure plus que par cela.

 » – There are not a lot of basic socioreligious emotions… intervint Susan. If you have no sex, you need ferocity. That’s all… »

« Selon la Soeur suprême, la jalousie, le désir et l’appétit de procréation ont la même origine, qui est la souffrance d’être. C’est la souffrance d’être qui nous fait rechercher l’autre, comme un palliatif ; nous devons dépasser ce stade afin d’atteindre l’état où le simple fait d’être constitue par lui-même une occasion permanente de joie ; »

« c’est toujours le même problème, on finit toujours par se heurter à la même difficulté, qui est que la vie, au fond, n’est pas comique. »

« Le plaisir sexuel n’était pas seulement supérieur, en raffinement et en violence, à tous les autres plaisirs que pouvait comporter la vie ; il n’était pas seulement l’unique plaisir qui ne s’accompagne d’aucun dommage pour l’organisme, mais qui contribue au contraire à le maintenir à son plus haut niveau de vitalité et de force ; il était l’unique plaisir, l’unique objectif en vérité de l’existence humaine, et tous les autres – qu’ils soient associés aux nourritures riches, au tabac, aux alcools ou à la drogue – n’étaient que des compensations dérisoires et désespérées, des minisuicides qui n’avaient pas le courage de dire leur nom, des tentatives pour détruire plus rapidement un corps qui n’avait plus accès au plaisir unique. »

« La jeunesse était le temps du bonheur, sa saison unique ; menant une vie oisive et dénuée de soucis, partiellement occupée par des études peu absorbantes, les jeunes pouvaient se consacrer sans limites à la libre exultation de leurs corps. Ils pouvaient sortir, aux premières heures de la matinée, d’une fête, en compagnie des partenaires sexuels qu’ils s’étaient choisis, pour contempler la morne file des employés se rendant à leur travail. »

« ils seraient jusqu’au bout, du simple qu’ils étaient parents, considérés comme coupables. »

« comme un printemps qui aurait acquis la sérénité de l’automne. »

« J’ai beaucoup pensé à La Mort des pauvres, de Baudelaire ; ça m’a énormément aidé. (…)
C’est la mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;
C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu’au soir ;

À travers la tempête, et la neige, et le givre,
C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ;
C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir… »

« le changement en lui-même était à leurs yeux une valeur. »

« Il n’était peut-être au fond nullement certain que je me suicide, je ferais peut-être partie de ceux qui font chier jusqu’au bout, d’autant plus qu’ayant suffisamment de pognon je pouvais faire chier un nombre de gens considérable. »

« c’était plutôt remarquable dans l’ensemble de constater à quel point les hommes s’étaient comportés en braves bêtes, avec la bonne volonté du boeuf grimpant joyeusement dans le camion qui l’emmène à l’abattoir); »

« Se masturber, c’est faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime vraiment »

« j’étais sans doute un des derniers hommes de ma génération à m’aimer suffisamment peu pour être capable d’aimer quelqu’un d’autre. »

« Il n’y a pas d’amour dans la liberté individuelle, dans l’indépendance, c’est tout simplement un mensonge, et l’un des plus grossiers qui se puisse concevoir ; il n’y a d’amour que dans le désir d’anéantissement, de fusion, de disparition individuelle, dans une sorte comme on disait autrefois de sentiment océanique, dans quelque chose de toute façon qui était, au moins dans un futur proche, condamné. »

« pour elle j’étais de l’histoire ancienne, et à vrai dire j’étais de l’histoire ancienne pour moi-même également »

« suggérait qu’ils pourraient fréquenter ensemble des boîtes pour couples, tourner des vidéos coquines, vivre de nouvelles expériences : c’était pathétique, et un peu répugnant. »

« Les derniers siècles de la civilisation humaine, c’est un fait peu connu mais significatif, avaient vu l’apparition en Europe occidentale de mouvements inspirés par une idéologie d’un masochisme étrange, dite « écologiste » bien qu’elle n’eût que peu de rapports avec la science du même nom. Ces mouvements insistaient sur la nécessité de protéger la « nature’ contre les agissements humains, et plaidaient pour l’idée que toutes les espèces, quel que soit leur degré de développement, avaient un « droit » égal à l’occupation de la planète ; certains adeptes de ces mouvements semblaient même à vrai dire prendre systématiquement le parti des animaux contre l’homme, éprouver plus de chagrin à l’annonce de la disparition d’une espèce d’invertébrés qu’à celle d’une famine ravageant la population d’un continent. »

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